14 juillet - Calais des souvenirs d'une ville

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Pierre Droudrou
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14 juillet - Calais des souvenirs d'une ville

Message par Pierre Droudrou »

je rappelle que je suis Calaisien de naissance et que certains se rappelleront d'autres faits qu'ils ont connus et vécus l - je suis né le mardi 18 janvier 1944
merci à mon bon copain Patrick pour m'avoir communiqué ce texte très intéressant et que je vous renvoie pour information .
ne faut pas croire que le 14 juillet est fêté depuis que l'on a pris la Bastille. Ce n'est que le 06 juillet 1880 qu'il fut décidé de fixer la Fête nationale au 14 juillet, autant pour commémorer la prise de la Bastille que la Fête de la Fédération, gigantesque rassemblement de réconciliation nationale qui eut lieu un an plus tard.

À Calais, nos ancêtres n'ont appris la chute de la symbolique prison pari¬sienne que le 18 juillet, ce qui déclencha pendant une semaine une cascade de manifestation enthousiastes. Les plus excités allèrent à la prison délivrer quelques contrebandiers et des soldats punis gardés au trou. D’autres en profitèrent pour demander au maire de faire baisser le prix du pain ; ce qui fut promis dans l’allégresse générale. Le premier anniversaire de la prise de la Bastille donna lieu en 1790 à de grandioses cérémonies dans la capita1e que l'Histoire a conservées sous le nom de "Fête de la Fédération". À Calais, la solennité la plus majestueuse lui a été donnée, dit un chroniqueur : défilé civil, militaire, religieux, chants, discours, banquet, bal. Pour 1791, l’historien, Charles Demotier, relate dans ses « Annales » que des fêtes superbes furent données sur la place d’Armes pour l’anniversaire de la Fédération. Il n’est plus question de la Bastille.

Ensuite, le 14 juillet sombre dans l'indifférence. Beau¬coup d'autres événements accaparent l’attention en cette période troublée. Il faut attendre presque un siècle pour voir le 14 juillet devenir un jour férié, accompagné chez nous d'un programme assez classique : le 13 au soir, retraite aux flambeaux avec les troupes de la garnison ; le 14, défilé des sociétés, re¬mise de décorations, lâcher de pigeons, fêtes en plein air, concert, bals populaires, feu d'artifice, avec des largesses du bureau de bienfaisance à l'égard des déshérités.

Pendant le premier conflit mondial : 1914, Calais célèbre encore la fête nationale dans la continuité des années de paix. Les rues vibrent d’une animation familière, les drapeaux flottent au vent marin, et la République semble encore s’inscrire dans la normalité du quotidien. Mais déjà, dans l’air, une tension invisible traverse l’Europe. Quelques semaines plus tard, la guerre viendra briser cette illusion de stabilité et transformer la ville à jamais.

1915 un an plus tard, Calais n’est plus la même. Devenue base arrière des armées alliées, elle vit au rythme des convois militaires et des hôpitaux de guerre. Le 14 juillet ne s’efface pas, mais il change de visage. Il devient une cérémonie grave, encadrée, presque silencieuse : les soldats remplacent les foules civiles, les drapeaux ne célèbrent plus, ils résistent les hommages aux morts dominent les discours. La fête nationale s’est muée en un moment de discipline et de mémoire.

1916 Le 14 juillet est célébré sans éclat. Dans les casernes, dans quelques bâtiments officiels, on se rassemble brièvement. On dépose des gerbes, on prononce quelques mots, puis le silence reprend sa place. La République ne s’exhibe plus : elle se maintient.

1917, la fatigue est palpable. La guerre s’éternise, les pertes s’accumulent, et la population vit dans une forme d’attente résignée. Le 14 juillet devient presque intime : cérémonies réduites, hommages sobres dans les lieux militaires prières discrètes pour les absents. Rien de spectaculaire, mais une fidélité obstinée à la nation en guerre.

Puis vient 1918. Le vent tourne sur les champs de bataille. L’espoir d’une issue favorable renaît. À Calais, le 14 juillet retrouve un souffle plus visible. Sans faste excessif, mais avec une émotion nouvelle, les cérémonies s’ouvrent sur l’avenir : les autorités évoquent la victoire prochaine, les troupes alliées participent aux rassemblements, la population, malgré les privations, se redresse Ce n’est plus seulement un souvenir que l’on honore, mais une promesse que l’on entrevoit.

1919 En ce 14 juillet 1919, Calais se réveille dans une atmosphère singulière. La guerre est terminée depuis quelques mois à peine, et la paix, encore fragile, semble flotter sur une ville éprouvée mais debout. Les rues se parent de drapeaux tricolores avec une ferveur nouvelle. Après quatre années de privations et de deuils, le geste du pavoisement n’est plus un simple rituel : il devient une affirmation de vie retrouvée. Dans les quartiers, les habitants sortent plus nombreux qu’autrefois, comme si la ville elle-même retrouvait peu à peu son souffle.

Sous l'Occupation, la Fête nationale est occultée par les Allemands.

Dès 1940, la kommandantur in¬terdit les messes prévues ce jour-là pour les soldats morts pour la Patrie. Interdiction de pavoiser également.

En 1941, il subsiste dans les jardins de l'hôtel de ville, une dizaine de tombes de soldats alliés tués dans les combats de mai 40. La population les fleurit abondamment le 14 juillet. Deux jours plus tard, à l'aube, les Allemands envoient des fossoyeurs déterrer les corps pour les ramener au cimetière. Sur les boulevards, des jeunes se promènent, la boutonnière fleurie de tricolore. Cherchant à préserver leur politique de collaboration, les Allemands affectent ne rien voir.

Ce sont les Communistes, par la voix de leur journal clandestin « La Vérité », qui réveillent le 14 juillet 1942, en recommandant de pavoiser, de ne pas travailler, de défiler avec des cocardes. Conseils peu suivis. Trop risqué.

Un avion allié lâche des fusées tricolores dans le ciel de Calais le 14 juillet 1943. La Kommandantur envoie les pompiers ôter un drapeau français, hissé au sommet d'un immeuble. Une Calaisienne dont le mari est prisonnier en Allemagne, Marguerite Brunet-Godefroy, fera cinq mois de prison pour avoir été rencontrée en ville avec un insigne représentant les drapeaux français et anglais entrecroisés. Cela n'avait pas plu à un soldat vert-de-gris qui l'emmena manu militari à la Feldgendarmerie.

En 1944, il ne se passe rien. Le rapport de police indique : « Le 14, la population est demeurée absolument paisible ». Si prés du bout du tunnel, on n'allait plus jouer avec le feu !

En 1945, Calais se réveille dans une lumière encore marquée par les cicatrices de la guerre. Quatre années d’Occupation ont laissé la ville meurtrie, mais dès l’aube, les drapeaux tricolores réapparaissent sur les façades abîmées, comme un signe discret mais ferme du retour à la République. Les cloches sonnent, et la population converge vers les lieux de mémoire. Au monument aux morts, les autorités civiles et les anciens résistants se recueillent dans un silence lourd de souvenirs. La Marseillaise s’élève, grave et émouvante, rappelant le prix de la liberté retrouvée. À la mi-journée, un défilé sobre traverse les rues encore marquées par les destructions. FFI, forces françaises et services municipaux avancent au milieu d’une foule nombreuse, mêlant recueillement et fierté. L’après-midi, la ville s’anime doucement : musiques, rassemblements, conversations. La fête renaît sans faste, mais avec une sincérité profonde. Le soir venu, Calais s’illumine avec retenue. Dans la pénombre, la République retrouve sa place, portée par une population qui célèbre moins la fête que la liberté reconquise.

De nos jours, le 14 juillet a perdu de son impact. Les défilés se sont effilochés. L'appoint des pompiers, avec leur matériel astiqué nickel, ne suffit pas à ré-veiller les ardeurs patriotiques. La concurrence de la télé, l'évolution du monde moderne est trop forte. Chacun ne retient du 14 juillet que c'est un jour férié et chômé, et au diable les origines de la tradition ! Dommage.
( Gilles Peltier )
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quelques détails personnels : je suis seul dans mon bureau et, grand amateur de musique classique et d'opéra, c'est une occasion de me plonger dans les émissions télé y réservées où je découvre avec plaisir des détails et choses que je ne connaissais pas ainsi que de bien jolies femmes talentueuses !...! bon 14 juillet à tous !
détail anecdotique j'ai regardé "musiques en fête" avec entre autres un chef d'orchestre qui me rappelait monsieur Landru, le monsieur barbu qui était pour la femme au foyer !... https://fr.wikipedia.org/wiki/Henri_D%C ... %A9_Landru
Jusqu'ici, tout va bien !
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Deltafan
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Re: 14 juillet - Calais des souvenirs d'une ville

Message par Deltafan »

Merci pour cette tranche d'histoire Pierre :pouce:
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